Alternatifs du Gard
Solidarité - Écologie - Féminisme - Autogestion

Accueil > autogestion > 10 questions sur la crise

10 questions sur la crise

MICHEL COLLON

dimanche 12 octobre 2008

1. « Subprimes » ? Le point de départ est une véritable escroquerie. Les
banques occidentales ont gagné énormément d’argent sur le dos de ménages US
en grande difficulté à qui on extorquait des remboursements exagérés. En se
disant que s’ils ne parvenaient pas à rembourser, on raflerait leur maison
pour une bouchée de pain.

2. Seulement une crise bancaire ? Pas du tout. Il s’agit d’une véritable
crise économique qui démarre par le secteur bancaire, mais dont les causes
sont bien plus profondes. En réalité, toute l’économie US vit à crédit
depuis plus de trente ans. Les entreprises s’endettent au-delà de leurs
moyens, l’Etat s’endette au-delà de ses moyens (pour faire la guerre), et on
a systématiquement poussé les particuliers à s’endetter, seul moyen de
maintenir artificiellement une croissance économique.

3. La cause profonde ? Pas question de l’indiquer dans les médias
traditionnels. Pourtant, les subprimes ne sont que la pointe de l’iceberg,
la manifestation la plus spectaculaire d’une crise générale de surproduction
qui frappe les Etats-Unis, mais aussi les pays occidentaux. Si le fin du fin
pour une multinationale consiste à licencier des travailleurs en masse pour
faire faire le même travail par moins de gens, si en plus on baisse les
salaires par toutes sortes de mesures et avec l’aide de gouvernements
complices, à qui donc ces capitalistes vendront-ils leurs marchandises ? Ils
n’ont cessé d’appauvrir leurs clients !

4. Juste une crise à surmonter ? L’Histoire montre que le capitalisme est
toujours allé d’une crise à l’autre. Avec de temps en temps, une « bonne
guerre » pour en sortir (en éliminant des rivaux, des entreprises, des
infrastructures, ce qui permet ensuite une jolie « relance »). En réalité,
les crises sont aussi une phase dont les plus gros profitent pour éliminer
ou absorber les plus faibles. Comme à présent dans le secteur bancaire US ou
avec BNP qui avale Fortis (et ça ne fait que commencer). Seulement, si la
crise renforce la concentration du capital aux mains d’un nombre toujours
plus petit de multinationales, quelle sera la conséquence ? Ces super -
groupes auront encore plus de moyens d’éliminer ou appauvrir la main d’œuvre
pour se faire une concurrence encore plus forte. Donc, retour à la case
départ.

5. Un capitalisme moralisé ? Ca fait cent cinquante ans qu’on le promet.
Même Bush et Sarkozy s’y mettent. Mais en réalité c’est aussi impossible
qu’un tigre végétarien ou un nuage sans pluie. Car le capitalisme repose sur
trois principes : 1. La propriété privée des grands moyens de production et
de financement. Ce ne sont pas les gens qui décident, mais les
multinationales. 2. La concurrence : gagner la guerre économique, c’est
éliminer ses rivaux. 3. Le profit maximum : pour gagner cette bataille, il
faut réaliser un taux de profit non pas « normal et raisonnable », mais un
taux de profit maximum qui permet de distancer ses concurrents. Le
capitalisme, c’est donc bien la loi de la jungle, comme l’écrivait déjà Karl
Marx : « Le Capital a horreur de l’absence de profit. Quand il flaire un
bénéfice raisonnable, le Capital devient hardi. A 20%, il devient
enthousiaste. A 50%, il est téméraire ; à 100%, il foule aux pieds toutes les
lois humaines et à 300%, il ne recule devant aucun crime. » (Le Capital,
chapitre 22)

6. Sauver les banques ? Bien sûr, il faut protéger les clients des banques.
Mais ce que l’Etat fait en réalité, c’est protéger les riches et privatiser
les pertes. L’Etat belge, par exemple, n’avait pas cent millions d’euros
pour aider les petites gens à maintenir leur pouvoir d’achat, mais pour
sauver les banques il trouve cinq milliards en deux heures. Des milliards
que nous devrons rembourser. Ironie du sort : Dexia était une banque
publique et Fortis a avalé une banque publique qui tournait très bien. Grâce
à quoi ses dirigeants et actionnaires ont réalisé de juteuses affaires
pendant vingt ans. Et maintenant que ça va mal, leur demande-t-on de payer
les pots cassés avec les milliards qu’ils ont mis de côté ? Non, on nous
demande à nous !

7. Les médias ? Loin de nous expliquer tout ça, ils mettent l’accent sur des
aspects secondaires. On nous dit qu’il faudra chercher les erreurs, les
responsables, combattre les excès et bla bla bla. Or, il ne s’agit pas des
erreurs de tel ou tel, mais d’un système. Cette crise était inévitable. Les
sociétés qui s’écroulent sont les plus faibles ou les plus malchanceuses.
Celles qui survivent, en acquerront encore plus de pouvoir sur l’économie et
sur nos vies.

8. Le néolibéralisme ? La crise a été non pas provoquée mais accélérée par
la mode néolibérale de ces vingt dernières années. Or, ce néolibéralisme,
les pays riches ont prétendu l’imposer de force dans tout le tiers-monde.
Ainsi, en Amérique latine, que je viens d’étudier en préparant mon livre
"Les 7 péchés d’Hugo Chavez", le néolibéralisme a plongé des millions de
gens dans la misère. Mais l’homme qui a lancé le signal de la résistance,
l’homme qui a démontré qu’on pouvait résister à la Banque Mondiale, au FMI
et aux multinationales, l’homme qui a montré qu’il fallait tourner le dos au
néolibéralisme pour réduire la pauvreté, cet homme-là, Hugo Chavez, les
médias ne cessent de le diaboliser à coups de média mensonges et de ragots.
Pourquoi ?

9. Le tiers-monde ? On nous parle uniquement des conséquences de la crise
dans le Nord. En réalité, tout le tiers-monde en souffrira gravement du fait
de la récession économique et de la baisse des prix des matières premières
qu’elle risque d’entraîner.

10. L’alternative ? En 1989, un célèbre auteur US, Francis Fukuyama, nous
annonçait « la Fin de l’Histoire » : le capitalisme avait triomphé pour
toujours, prétendait-il. Il n’a pas fallu longtemps pour que les « 
vainqueurs » se cassent la figure. En réalité, l’humanité a bel et bien
besoin d’un autre type de société. Car le système actuel fabrique des
milliards de pauvres, plonge dans l’angoisse ceux qui ont la « chance »
(provisoire) de travailler, multiplie les guerres et ruine les ressources de
la planète. Prétendre que l’humanité est condamnée à vivre sous la loi de la
jungle, c’est prendre les gens pour des cons. Comment faut-il concevoir une
société plus humaine, offrant un avenir décent à tous ? Voilà le débat qu’il
nous incombe à tous de lancer. Sans tabous.

6 octobre 2008

SPIP | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0 | Realisation Gilles Quiniou formation assistance informatique
Habillage visuel © digitalnature sous Licence GPL