L’atelier se déroule en 2 temps, séparés par une pause-café. En introduction est rappelée cette « vérité de base » : la 1ère cause de mortalité des femmes = violences conjugales. En France, une femme meurt tous les 4 jours sous les coups de son compagnon.
- Témoignage du collectif « Contre-Coups » de Romans
La lutte contre les violences conjugales est devenue un axe majeur pour quelques citoyennes d’une Maison de quartiers de Romans. Ses objectifs : protection des victimes, parcours d’hébergement, prévention et sensibilisation, veille sociale et citoyenne, formation, accueil et soutient notamment grâce à une écoute 24h/24 par un téléphone portable toujours ouvert. Les deux intervenantes nous présentent 3 études de cas.
démarche de logement d’urgences pour une femme battue qui souhaite quitter son compagnon (RDV avec une AS, l’office HLM, l’adjoint au logement)
accompagnement au commissariat pour dépôt de plainte (refusée par le policier présent car, dit-il, « après 18h on ne prend que les vols de voiture »)
accueil d’une jeune fille enceinte, puis hébergée en hôtel Formule 1 avant RDV le lendemain au planning familial… mais qui a quitté l’hôtel dans la nuit.
Quelques témoignages complémentaires font état d’initiatives semblables à Nantes, les Alpes maritimes, …
- Echanges & Débat
Les échanges sont nombreux, dans une écoute attentive. Mêmes si tout regroupement a une part d’arbitraire, on peut identifier 3 grands domaines.
- la question des moyens Malgré les dispositifs existants (lois, hébergement d’urgence) qui doivent être améliorés, on peut se demander pourquoi « ça ne fonctionne pas ». Il y a une coupure entre les lois votées et les moyens de les appliquer sur le terrain. Mauvaise volonté des administrations locales ? Mauvaise information des travailleurs sociaux ? « Retard » des collectivités locales, notamment les mairies, dans la prise en compte de ces questions ? Est également soulignée la polyvalence demandée aux AS, et souvent leur moindre disponibilité pour accompagner individuellement les femmes victimes. Ainsi que le refus (inconscient ?) de certains de pas mettre les femmes victimes dans une situation « encore plus difficile qu’avant ». Voire de les stigmatiser. Attention à ne pas amalgamer violences conjugales et précarité. Ces dernières années ont vu monter les violences aux femmes, dans la catégorie « cadres » , et cela dans plusieurs pays.
- la critique radicale du système patriarcal Le système patriarcal est le premier système mis en place, « vieux comme le monde », ou presque ! Le capitalisme s’est développé sur ce système, dont il se nourrit. Terreau fertile qui l’entretient et finalement le favorise. Ce système patriarcal est si fort, si prégnant, qu’il est bien présent dans nos têtes, nos corps, nos propos, l’idéologie ambiante. Une critique radicale du capitalisme ne peut pas faire l’économie d’une critique radicale du patriarcat. Nous sommes dans une société compétitive, où il faut être performant, le meilleur dans tous les domaines, avec un égo surdimensionné. Ce modèle politique de base génère des violences et favorise la domination. Attention à ne pas penser (« naïvement » !) que le dépassement du capitalisme (sur le plan économique ou social) « suffirait » à dépasser le rapport de domination qu’est le patriarcat.
- Notre rôle en tant que citoyen Cela interroge notre champ d’action , en tant que citoyen, dans la ville – qu’est-ce que je fais si je suis témoin de violences conjugales, ou si je les crains- ; en tant que parent – suis-je sensible/sensibilisé à l’éducation des mes enfants – garçon/fille ; en tant qu’individu – comment je reproduis les schémas habituels dans les rapports H/F ; … Ces questionnements doivent se doubler de formes d’action citoyenne collective – dans les associations, syndicats, partis politiques.
Ce débat-échange n’a évidemment pas épuisé toutes les facettes de la question. Notamment celle-ci : quels sont les processus qui font que les victimes restent dans l’isolement ? quelles modalités d’action la gauche alternative doit-elle mettre en avant pour faire le lien entre « cette autre monde » que nous voulons et notre révolte au quotidien ?
