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à propos du conflit en Géorgie

une analyse des Alternatifs

mercredi 13 août 2008

L’acteur-clé de la région, depuis deux siècles, est la Russie.
C’est dès le début du 19° siècle, suite à de multiples guerres
- victorieuses- contre ses voisins ottomans et perses, que la Russie
s’est implantée au sud du Grand Caucase, établissant ainsi (comme en
Asie Centrale) un véritable empire colonial sur des populations qui
n’étaient pas plus russes que les Algériens ou les Sénéglais n’étaient
français. Tout au long du 19° siècle, l’impérialisme russe a agi comme
les impérialismes ouest-européens ... à la diférences que ses
conquètes se faiaient dans la continuité territoriale du continent
eurasiatique et non outre-mer. La glaciation stalinienne a figé la
situation jusqu’en 1991 et le retour des nationalismes, petits ou
grands, a provoqué la création de 15 états sur les décombres de
l’ex-URSS.

La Russie n’a jamais accepté la perte de son empire colonial et de
sa zone d’influence. L’arrivée de Poutine au pouvoir puis la hausse du
prix des hydrocarbures ont renforcé l’aspect impérial de la politique
extérieure russe. La Russie utilise divers moyens pour maintenir et
développer son rôle dans son ex-empire : création de la CEI (qui
regroupe 12 des anciennes républiques soviétiques -seuls les Pays
Baltes n’en font pas partie),maintien de bases militaires dans divers
pays, interventions directes dans la politique intérieure (la
Biélorussie est sous la tutelle de fait de Moscou), soutien aux foyers
de tensions (voire création) liés à la présence de minorités
coloniales russes (Transnistrie, en Moldavie, à la frontière
ukrainienne, par exemple) ou non russes ( en Géorgie notamment).

Dès l’indépendance géorgienne, la Russie a soutenu les minorités
séparatistes abkhazes, adjares et ossètes du sud. Dans ces régions
vivaient aussi des Géorgiens (majoritaires en Abkhazie, très nombreux
en Ossétie du sud) qui ont été victimes d’une purification ethnique
lors des guerres de 1991-92. Aujourd’hui ces deux régions séparatistes
sont quasiment ehniquement homogènes, mais au prix de l’expulsion de
250 000 Géorgiens d’Abkhazie (qui ne compte plus aujourd’hui que 200
000 habitants contre environ 500 000 en 1990) et de 50 000 Géorgiens
d’Ossétie du sud (70 000 habitants en 2007 contre 120 000 en 1990).

Les régimes auto-proclamés d’Abkhazie et d’Ossétie du sud ( territoire
minuscule de 3 900 km°, soit 2/3 d’un département français moyen,
enclavé dans quelques vallées méridionales du Grand Caucase) sont
totalement sous la coupe de Moscou (qui a d’ailleurs accordé des
passeports russes à leurs populations) ; selon la journaliste russe
Ioula Latynina " l’Ossétie du sud n’est ni un pays, ni un régime.
C’est une société mixte qui s’est constituée entre des généraux russes
et des bandits ossètes pour faire de l’argent sur fond du conflit avec
la Géorgie" (Le Monde 10/11-08-08).

A son arrivée au pouvoir en 2003, M. Saakachvili a voulu rétablir
l’intégrité territoriale de la Géorgie, mise à mal par les
séparatismes abkhaze, adjar et ossète. La question adjare a été
rapidement réglée, il a proposé une large autonomie à l’Ossétie du
sud, refusée par les dirigeants ossètes et par Poutine. La semaine
dernière, ils’est lancé dans une politique aventuriste de reconquète
de l’Ossétie du sud par les armes, pariant sur un immobilisme russe et
un soutien occidental ; il a perdu ce double pari et a fait le jeu de
Poutine dont la position impériale est renforcée et qui peut
aujourd"hui se permettre d’intervenir brutalement à l’intérieur du
territoire géorgien.

C’est la première fois depuis 1991 que la Russie se lance dans une
guerre d’agression contre un autre pays. La question ossète n’est
qu’un prétexte pour le nouveau tsar de toutes les Russies. Les enjeux
sont autrement importants : il s’agit d’une manifestation (de plus) du
retour de l’impérialisme russe (après les menaces et les coupures
d’approvisionnement en gaz, les pressions sur divers pays ...) qui
n’hésite plus à utiliser la force militaire pour tenter de rétblir son
hégémonie sur des pays tentés par un rapprochement avec l’impérialisme
étatsunien. De cet affrontement des impérialismes, dont on peut
craindre une nouvelle forme de "guerre froide", les peuples de la
région (ainsi que les Européens) n’ont rien à gagner.

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